L’OCCUPATION AVEC GIULIA – ROME

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PEUX-TU TE PRÉSENTER ?

Je m’appelle Giulia Flor Buraschi, j’ai 20 ans et j’étais un membre actif du mouvement Cinema America Occupato.

 

RACONTE MOI L’HISTOIRE DE CE LIEU, LE CINEMA AMERICA

Cinema America est un cinéma abandonné situé à Trastevere, au centre de Rome. Cet endroit a successivement été un théâtre [1920-1954] puis un cinéma [jusqu’en 1997]. Son propriétaire souhaitait le raser pour construire un immeuble résidentiel à la place. Ce lieu fait partie de l’histoire de Trastevere, les habitants du quartier ont alors monté une association pour protester contre ce projet.

En 2012, un groupe d’étudiants dont je faisais partie a rencontré ces familles. Nous avons découvert à quel point ce lieu était important pour la communauté. Ce n’est pas répandu en Italie de voir autant d’engouement pour un espace public. Nous avons alors décidé de lui redonner vie en l’occupant illégalement. C’est le projet Cinema America Occupato. Nous étions 200 étudiants de filières très différentes, mais rare étaient ceux provenant du cinéma. Personnellement, j’étais élève en Sciences de l’Éducation. Nous n’étions pas non plus de grands cinéphiles, nous avons pour la plupart découvert le Cinéma durant l’occupation. C’était un prétexte pour créer quelque chose de nouveau avec les habitants du quartier. Nous pensions vraiment que nous allions être expulsé au bout de 3 jours. Au final, l’occupation a duré 2 ans.

« Nous pensions vraiment que nous allions être expulsé au bout de 3 jours. Au final, l’occupation a duré 2 ans. »

 

SI TU DEVAIS DÉFINIR LE PROJET CINEMA AMERICA OCCUPATO EN UNE PHRASE

En italien, nous disons tout simplement : « spazio polivalente », ce qui veut dire « lieu polyvalent et populaire ». Pour moi, un cinéma est un lieu hybride où tu peux voir un film bien entendu, mais aussi étudier, faire du théâtre ou encore écouter de la musique. Nous avons créé dans Cinema America une salle d’études. De nombreux étudiants venaient ici après les cours et regardaient un film avant de rentrer chez eux. Nous avons également inventé une sorte de « laboratoire de théâtre » avec des ateliers d’improvisation et un spectacle de fin d’année.

 

ÉTAIT-IL DIFFICILE DE MOBILISER LES RIVERAINS ET DE LES CONVAINCRE DE L’INTÉRÊT DE VOTRE PROJET ?

Pas vraiment car ils étaient soulagés de voir le cinéma renaître. Les gens venaient voir un film, étudier ou tout simplement lire un livre. Notre mouvement a montré que les citoyens s’engagent quand un projet leur tient à cœur. Je ne sais pas pourquoi, mais je pense qu’ils en avaient tous besoin.

Mais nous n’avons pas touché que les Romains ! De nombreux professionnels du monde du cinéma ont entendu parlé de notre expérimentation. Certains ont apporté leur soutien, d’autres sont venus présenter leur film et échanger avec le public. Rencontrer un réalisateur et pouvoir lui demander directement : « pourquoi as-tu fait telle ou telle chose ? », c’est une expérience rare !

« Notre mouvement a montré que les citoyens s’engagent quand un projet leur tient à cœur. Je ne sais pas pourquoi, mais je pense qu’ils en avaient tous besoin. »

 

QUELLES DIFFICULTÉS AVEZ-VOUS RENCONTRÉ ?

Notre principal problème, c’était la bureaucratie. Tu ne peux rien faire sans remplir une montagne de documents administratifs. Nous voulions créer des activités avec les personnes âgées mais nous avons dû abandonner à cause de cela. C’était trop difficile à gérer et une grande perte d’énergie pour tout le monde. Quel dommage…

L’autre soucis a été la gestion de ce lieu. Définir des règles de vie commune à 200, c’est assez long. Nous devions tout construire, et le faire ensemble. Ce n’était pas toujours facile, mais nous l’avons fait !

« Définir des règles de vie commune à 200, c’est assez long. Nous devions tout construire, et le faire ensemble. Ce n’était pas toujours facile, mais nous l’avons fait ! »

 

TU VIVAIS DANS LE CINEMA PENDANT L’OCCUPATION ?

Oui ! J’y ai vécu pendant les deux années d’occupation. C’était assez marrant, cela demandait beaucoup de travail, c’était quelquefois dangereux…Je n’avais que 15 ans à l’époque ! J’allais à l’école le matin et je m’occupais des ateliers de théâtre l’après-midi. Je dormais ici et je passais chez mes parents deux fois dans la semaine. Je me sentais chez moi alors que je n’étais pas à la maison avec mes parents. Je vivais avec mes amis mais aussi avec des inconnus. Ce cinéma était à la fois un lieu commun et ma maison ! C’était une expérience assez amusante.

« Ce cinéma était à la fois un lieu commun et ma maison ! »

 

QUE S’EST-IL PASSÉ APRÈS L’OCCUPATION ?

En septembre 2014, le propriétaire des lieux nous a expulsé. Mais au même moment, le Ministère de la Culture a décidé de protéger le bâtiment en interdisant sa démolition. Nous avons essayé de le racheter avec le soutien d’acteurs locaux et d’artistes  – réalisateurs, photographes, auteurs, producteurs, etc – mais nous n’avons pas pu collecter les fonds nécessaires. Nous essayons maintenant de répondre à une offre publique pour rénover un autre cinéma de Trastevere. Nous voudrions gérer ce lieu, mais cette fois-ci en passant par la voie légale.

L’occupation est terminée, mais nous n’avons pas perdu pour autant. Nous avons continué des activités autour de Cinema America Occupato, comme l’organisation chaque été d’un festival de cinéma en plein air. Nous avons accueilli cette année 80 000 personnes et projeté 69 films. Chaque samedi, nous proposions un dessin-animé pour les enfants et ensuite un film d’horreur pour les adultes. À partir de minuit, nous pouvions continuer à projeter des films sans déranger les habitants aux alentours car nous coupions le son et nous le diffusions dans des petites radios.

 

COMMENT AVEZ-VOUS FINANCÉ CE FESTIVAL ?

Nous travaillons avec plusieurs associations, le Ministère du Tourisme, la Région de la Lazio et les commerces environnants. Le festival est ouvert à tous et est à prix libre. Nous sommes tous volontaires et les revenus générés sont injectés dans notre projet de réponse à l’offre publique.

 

POURQUOI T’ES-TU ENGAGÉE DANS CINEMA AMERICA OCCUPATO ? QUEL A ÉTÉ L’ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR ?

Comme je te disais, c’est assez rare en Italie de voir un lieu public déchaîner autant les passions. Et il n’existe aucun autre endroit à Rome où tu peux voir un film gratuitement. Les salles sont très chères ici, 10 euros la place. Les gens venaient de loin et même en dehors de la ville pour voir un film ensemble !

 

OÙ TROUVES-TU TA MOTIVATION ?

Certaines personnes n’étaient pas d’accord avec notre occupation, il comprirent à la fin que c’était la meilleure chose qui pouvait arriver à ce lieu. Si tu as de beaux projets et si tu veux agir pour les concrétiser, une occupation illégale peut être une bonne chose. Il faut poursuivre ses rêves et faire tout son possible pour les réaliser.

 

ET TOI ? AS-TU RÉALISÉ TON RÊVE ?

Je pense que oui. J’ai pu créer ce que je voulais. J’ai intégré le mouvement à 15 ans, et maintenant c’est plus qu’une passion, c’est tout pour moi ! Je n’aurais jamais pu imaginer à cette époque faire tout cela et peut-être gérer aujourd’hui mon propre cinéma si nous gagnons l’appel d’offre. C’est quelque chose d’incroyable !

 

SI TU DEVAIS DÉFINIR TON ENGAGEMENT EN UN MOT, ADJECTIF OU SENTIMENT…

Ce serait le « rêve », car au début ce n’était que ça, un rêve. J’ai intégré Cinema America Occupato en pensant que cela ne durerait pas plus d’une semaine. Et voilà où j’en suis !

« Il faut poursuivre ses rêves et faire tout son possible pour les réaliser. »

 

crédit photo : Cinema America Occupato

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