LA RÉINSERTION DES ENFANTS DES RUES AVEC ANNA – CRACOVIE

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PEUX-TU TE PRÉSENTER ?

Je m’appelle Anna, je suis animatrice en art-thérapie. Je travaille pour Parasol depuis 2008 et je suis responsable du programme Rakowicka 10, ici à Cracovie.

 

QUE FAIT PARASOL ?

Parasol est une association venant en aide aux personnes en situation d’exclusion sociale en Pologne. Cette souffrance peut être liée au chômage, à des problèmes d’addiction ou encore de prostitution. Les fondateurs ont commencé leur travail de rue en aidant des prostitués. Ils prirent rapidement conscience que le travail itinérant ne suffirait pas pour régler l’ensemble des problèmes sociaux. C’est pourquoi nous avons créé un lieu spécifique afin d’augmenter notre impact. Maintenant, l’association rend également visite à des détenus : nous discutons avec eux et les accompagnons dans leurs démarches juridiques. Nous avons créé il y a quelques années Rakowicka 10, un programme spécifique pour les enfants qui travaillent dans la rue.

 

« Nous accompagnons les enfants pour sortir de la rue, mais sans les brusquer. »

 

PEUX-TU M’EXPLIQUER LA RAISON D’ÊTRE DU PROGRAMME RAKOWICKA 10 ?

Certains enfants sèchent l’école et passent leur journée dans la rue en faisant des choses qu’ils ne devraient pas…Ils deviennent dépendants de réseaux mafieux. Nous sommes 5 employés et 2 volontaires dans ce centre. Nous accueillons ces enfants des rues, passons du temps avec eux et les aidons à gagner confiance en eux. Nous les accompagnons pour sortir de la rue, mais sans les brusquer.

 

DONC, COMMENT FAIRE ? QUELLE EST VOTRE MÉTHODE ?

Notre interaction avec les enfants est basée sur la prise de décision partagée. Nous décidons ensemble ce que nous allons faire et quelles responsabilités ils veulent endosser. Nous avions du récemment répertorier les jouets que nous avions au centre, nous avons alors organisé cette activité ensemble.

« Notre interaction avec les enfants est basée sur la prise de décision partagée […] La clé du succès est de ne pas avoir un scénario préparé à l’avance. Les enfants savent mieux que quiconque ce qui leur faut pour mieux vivre. »

La clé du succès est de ne pas avoir un scénario préparé à l’avance. Les enfants savent mieux que quiconque ce qui leur faut pour mieux vivre. Nous travaillons également avec les familles, les écoles ainsi que les services sociaux. Gagner la confiance des parents est un processus très long. Les travailleurs sociaux font un excellent travail, mais ils imposent souvent une méthode définie à l’avance et contraignent la famille à la respecter à la lettre. Ici, nous échangeons simplement avec eux et nous tissons des relations bien réelles. Ici, les enfants peuvent jouer, s’amuser entre eux et discuter avec tous.

 

À TON AVIS, EN QUOI CETTE DÉMARCHE EST-ELLE INNOVANTE ?

Je pense que les enfants et moi-même pouvons passer du temps ensemble et nous occuper de manière saine et productive. Chaque enfant arrive au centre avec des besoins uniques que les discussions de groupe et les jeux permettent de satisfaire.

« Ici, nous échangeons simplement avec eux et nous tissons des relations bien réelles. Ici, les enfants peuvent jouer, s’amuser entre eux et discuter avec tous […] Tu sais, les gens sont souvent surpris par nos méthodes. Nous aidons les enfants, sans aucune pression. C’est encore inhabituel dans notre secteur d’activité. »

Tu sais, les gens sont souvent surpris par nos méthodes. Nous aidons les enfants, sans aucune pression. C’est encore inhabituel dans notre secteur d’activité. Les adultes pensent à tort connaître ce qui est bon pour les enfants. J’ai remarqué ce problème dans des associations similaires à la nôtre : leurs structures sont certes très organisées mais les liens qu’elles tissent avec les enfants sont superficiels. Ici, nous les considérons comme des égaux car EUX seuls savent réellement ce dont ils ont besoin.

 

QUELS SONT LES PREMIERS PROBLÈMES AUXQUELS VOUS AVEZ ÉTÉ CONFRONTÉ ?

La rénovation de notre ancien centre nous a demandé beaucoup d’argent et d’énergie. Tout devait être refait : les toilettes, la cuisine ainsi que les chambres. Le plus difficile était de continuer à accueillir les enfants pendant les travaux.

 

PEUX-TU M’EXPLIQUER VOTRE MODÈLE ÉCONOMIQUE ?

Un de nos projets est pris en charge par le Bureau National pour la Prévention des Drogues [Ministère de la Santé], un autre est financé grâce à un partenariat de 3 ans avec le Centre Municipal des Affaires Sociales de la ville de Cracovie.

Nous recevons également des dons grâce à la « taxe 1%« , très populaire en Pologne. Les citoyens peuvent allouer 1% de leurs impôts locaux ou nationaux à une ONG ou une association, et nous faisons partie des bénéficiaires potentiels.

 

QUELS SONT VOS PROCHAINS DÉFIS ?

Il y a deux grandes problématiques que nous devons surveiller dans les années à venir. C’est d’abord le processus de gentrification que connaît le quartier. Les familles que nous aidons se retrouvent peu à peu incapables de régler leurs loyers qui augmentent sans cesse et doivent alors déménager en périphérie. L’impact de notre travail sera fortement réduit si cette proximité disparaît.

L’autre danger est la dépendance grandissante des enfants vis-à-vis de leurs smartphones. Ils passent de plus en plus de temps sur internet, chez eux mais sans surveillance. Il existe bien entendu du contenu de qualité, mais il y a aussi des sites sur lesquels des enfants ne devraient pas aller. Et il n’y a malheureusement personne pour les accompagner et les sensibiliser aux dangers du net. Le plus alarmant est de voir des enfants incapables de créer des relations « dans la vraie vie » car ils se retrouvent dépendants du virtuel et ont perdu confiance en eux.

 

QUEL A ÉTÉ L’ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR DE TON ENGAGEMENT ?

Je connaissais Beata [une des fondatrices] avant de rejoindre l’association. Nous parlions souvent de leurs projets, je trouvais cela génial et je voulais vraiment faire partie de l’aventure. J’ai d’abord monté un programme d’été. Ils m’ont proposé par la suite de gérer un atelier pendant 1 an, je me suis dit « Oui, je veux continuer !« . J’aime me mettre au défi et le programme Rakowicka 10 était le type de challenge dont j’avais besoin. Construire une véritable relation avec un enfant demande beaucoup d’investissement, mais c’est une expérience magnifique.

 

OÙ TROUVES-TU TA MOTIVATION ?

Chez les autres. C’est pourquoi je travaille ici d’ailleurs. Aider les gens et construire quelque chose avec eux me motive énormément.

 

SI TU DEVAIS DÉFINIR TON ENGAGEMENT EN UN MOT, ADJECTIF OU SENTIMENT…

Je dirais « l’honnêteté » ou « l’authenticité ». Nous ne devons pas prétendre être une personne que nous ne sommes pas, c’est important de vivre sa vie de la manière la plus authentique.

« L’équipe m’a proposé de gérer un atelier pendant 1 an, je me suis dit Oui, je veux continuer ! J’aime me mettre au défi et le programme Rakowicka 10 était le type de challenge dont j’avais besoin.»

 

crédit photo : Rakowicka 10

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